{"id":1349,"date":"2021-07-14T12:25:24","date_gmt":"2021-07-14T16:25:24","guid":{"rendered":"https:\/\/fundacionluvo.org\/?p=1349"},"modified":"2021-07-14T12:25:24","modified_gmt":"2021-07-14T16:25:24","slug":"un-canot-et-des-souliers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fundacionluvo.org\/?p=1349","title":{"rendered":"Un canot et des souliers"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00c9tienne Levac<\/strong><br>Facebook:&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/profile.php?id=100009352178582\">@\u00c9tienne Levac<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans la communaut\u00e9 atikamekw nehirowisiw de Manawan se trouve une petite \u00e9glise dont l\u2019int\u00e9rieur est rempli d\u2019objets d\u2019artisanat en \u00e9corce. Parmi eux, on peut y voir un magnifique canot que le d\u00e9funt Beno\u00eet Ottawa a construit de ses mains et qui reposait au-dessus de lui lors de sa propre veill\u00e9e fun\u00e9raire. Ce canot est toujours l\u00e0, comme le sont nos souvenirs de Beno\u00eet. L\u2019objet est le vestige d\u2019un gentil g\u00e9ant qui continue de vivre par la m\u00e9moire et son art. Vers la fin de sa vie, Beno\u00eet s\u2019est grandement impliqu\u00e9 \u00e0 transmettre ses connaissances du Nitaskinan aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations de sa communaut\u00e9. Tannage de peaux, travail de l\u2019\u00e9corce, r\u00e9cits et humour&nbsp;: il partageait ce qu\u2019il savait sur le site de transmission culturelle Matakan.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fundacionluvo.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/eicc80glise.jpg?w=311\" alt=\"\" class=\"wp-image-1355\" width=\"240\" height=\"392\" srcset=\"https:\/\/fundacionluvo.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/eicc80glise.jpg 311w, https:\/\/fundacionluvo.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/eicc80glise-184x300.jpg 184w\" sizes=\"auto, (max-width: 240px) 100vw, 240px\" \/><figcaption>Photo: \u00c9tienne Levac<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Il a d\u2019ailleurs particip\u00e9 au Projet Matakan, qui a pour objectif de transmettre et de valoriser la langue, la culture et le patrimoine atikamekw nehirowisiw aupr\u00e8s des jeunes de Manawan. Ce projet souhaite que les jeunes puissent \u00eatre fiers de leur identit\u00e9 atikamekw en apprenant leur histoire, les savoirs de leur peuple et le territoire de leur anc\u00eatres (Nitaskinan). Par des sorties de transmission culturelle en territoire et par le d\u00e9veloppement de mat\u00e9riel p\u00e9dagogique culturellement pertinent dans leur cursus scolaire, nous croyons que les jeunes sont des acteurs \u00e0 part enti\u00e8re dans l\u2019autonomie et la fiert\u00e9 des Atikamekw Nehirowisiwok. Parmi les principaux collaborateurs, nommons par exemple le Conseil des Atikamekw de Manawan, le Conseil de la Nation Atikamekw, Tourisme Manawan, les services \u00e9ducatifs de Manawan, l\u2019\u00e9cole secondaire Otapi et l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al. C\u2019est justement dans le cadre de ce projet que j\u2019ai fait la rencontre de Beno\u00eet. Il m\u2019a appris plusieurs choses de la for\u00eat, mais aussi de gros mots en nehiromowin. Maintenant que je suis coordonnateur du Projet Matakan et que je dois me rendre assez souvent sur le site Matakan, voir la chaise vide sur laquelle Beno\u00eet riait et travaillait un morceau de bois avec son couteau croche rappelle \u00e0 la fois comment son absence p\u00e8se. Elle \u00e9voque aussi \u00e0 quel point sa pr\u00e9sence a \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9e et n\u00e9cessaire pour les jeunes qui ont fr\u00e9quent\u00e9 le site Matakan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Depuis quelques semaines, 215 paires de souliers d\u2019enfants reposent sur les marches du parvis de l\u2019\u00e9glise o\u00f9 se trouve le canot de Beno\u00eet. Des petits souliers roses, des bottines de pluies, des chaussons pour b\u00e9b\u00e9, des espadrilles qui s\u2019allument quand on les porte. Les 215 paires de souliers font r\u00e9f\u00e9rences au nombre initial d\u2019enfants retrouv\u00e9s dans une tombe anonyme sur l\u2019ancien terrain du pensionnat indien de Kamloops. Depuis, le nombre n\u2019a cess\u00e9 d\u2019augmenter au fil des fouilles des terrains des anciens pensionnats. Au moment o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ses lignes, le nombre total d\u2019enfants retrouv\u00e9s est de 1505. <strong>Mille.Cinq.Cents.Cinq<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fundacionluvo.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/souliers.jpg?w=351\" alt=\"\" class=\"wp-image-1354\" width=\"236\" height=\"355\" srcset=\"https:\/\/fundacionluvo.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/souliers.jpg 351w, https:\/\/fundacionluvo.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/souliers-199x300.jpg 199w\" sizes=\"auto, (max-width: 236px) 100vw, 236px\" \/><figcaption>Photo: \u00c9tienne Levac<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Un tel nombre n\u2019est pas complet sans son histoire, sans ses 1505 histoires. Sans elles, on ne peut prendre conscience de la gravit\u00e9 du d\u00e9compte. Chaque fois que je retourne \u00e0 Manawan, j\u2019entends de nouvelles histoires et des blessures que le corps refuse d\u2019exposer ou que les yeux refusent de voir. Je comprends mes ami\u00b7es d\u2019\u00eatre \u00e9puis\u00e9\u00b7es de leur r\u00e9silience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Je parle ici d\u2019une r\u00e9silience face \u00e0 un g\u00e9nocide qui continue depuis la cr\u00e9ation du Canada. Chaque fois que je retourne \u00e0 Manawan, on me partage des histoires de chiffres que je ne connaissais pas encore. Pour un jeune emitcikociwic kirika iriniw (homme et non-autochtone) n\u00e9 en 1996 (fermeture du dernier pensionnat indien au pays) il est n\u00e9cessaire de conna\u00eetre ses histoires malgr\u00e9 que cela puisse me choquer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Un choc surtout que le Qu\u00e9bec se plait \u00e0 rappeler le tort que le Canada anglais lui a fait. Honn\u00eatement, je ne pleure pas pour les violons des porteurs d\u2019eau qui crient aujourd\u2019hui que la langue fran\u00e7aise est en danger au Qu\u00e9bec. \u00c0 ce que je sache, toute une structure religieuse et un \u00c9tat ne sont pas d\u00e9di\u00e9s \u00e0 tuer des enfants qu\u00e9b\u00e9cois, \u00e0 les maltraiter volontairement, \u00e0 leur faire subir toutes sortes d\u2019abus, \u00e0 les rendre honteux et honteuses de leur identit\u00e9, \u00e0 les interdire de parler leur langue et \u00e0 les enfermer pour pratiquer leur religion. En fait, le r\u00f4le des congr\u00e9gations religieuses qu\u00e9b\u00e9coises dans l\u2019histoire des pensionnats partout au Canada est honteux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Quand je passe pr\u00e8s de l\u2019\u00e9glise, je ne peux pas \u00e9viter de penser \u00e0 Beno\u00eet. Chaque fois que je vois ces chiffres, je ne peux m\u2019emp\u00eacher de voir les jeunes que j\u2019accompagne sur le Nitaskinan pour des s\u00e9jours de transmission culturelle. Chacun de ces enfants \u00e9tait un futur leader, un\u00b7e gardien\u00b7ne des connaissances de son peuple, un humain qui portait l\u2019avenir des prochaines g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Reconna\u00eetre qu\u2019il n\u2019y a aucune fiert\u00e9 dans le Canada et r\u00e9v\u00e9ler les histoires sont une \u00ab avanc\u00e9e \u00bb qui va de soi. Reconna\u00eetre le processus historique d\u2019extermination qui continue jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui comme fondement du Canada est n\u00e9cessaire, mais c\u2019est la moindre des choses. Au fil de mes s\u00e9jours et des relations que j\u2019entretiens \u00e0 Manawan, cette question s\u2019ancre dans ma t\u00eate&nbsp;: qu\u2019est-ce que ce processus a tent\u00e9 de faire dispara\u00eetre? Des langues, des savoirs, des territoires, des noms, des humains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Beno\u00eet a permis \u00e0 des jeunes de justement retrouv\u00e9 une partie de ce qui est important pour leur peuple&nbsp;: Notcimik (la for\u00eat l\u00e0 d\u2019o\u00f9 ils et elles viennent), Nitaskinan (leur territoire), Nehiromowin (langue atikamekw), kinokewin (la m\u00e9moire). Ces jeunes pourront \u00eatre comme Beno\u00eet et transmettre \u00e0 leur tour aux g\u00e9n\u00e9rations futures la connaissance de leurs anc\u00eatres<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Si des centaines de souliers restent au pas de l\u2019\u00e9glise, les rires des jeunes en canot r\u00e9sonnent sur le lac metapeskeka et sur le site Matakan, les paroles des a\u00een\u00e9\u00b7es arrivent aux oreilles des bouleaux et la m\u00e9moire de ces enfants qui ne sont jamais rentr\u00e9s est gard\u00e9e ailleurs que par des chiffres des quelques articles.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fundacionluvo.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/filet.jpg?w=742\" alt=\"\" class=\"wp-image-1356\" width=\"549\" height=\"366\" srcset=\"https:\/\/fundacionluvo.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/filet.jpg 742w, https:\/\/fundacionluvo.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/filet-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 549px) 100vw, 549px\" \/><figcaption>Photo: \u00c9tienne Levac<\/figcaption><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9tienne LevacFacebook:&nbsp;@\u00c9tienne Levac Dans la communaut\u00e9 atikamekw nehirowisiw de Manawan se trouve une&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1360,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[41,44,108,135],"class_list":["post-1349","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-pueblos-indigenas","tag-atikamekw","tag-autochtones","tag-genocide","tag-manawan"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1349","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1349"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1349\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1360"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1349"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1349"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}