{"id":845,"date":"2020-09-23T15:03:37","date_gmt":"2020-09-23T19:03:37","guid":{"rendered":"http:\/\/fundacionluvo.org\/?p=845"},"modified":"2020-09-23T15:03:37","modified_gmt":"2020-09-23T19:03:37","slug":"matakan-de-passage-vers-demain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fundacionluvo.org\/?p=845","title":{"rendered":"Matakan : De passage vers demain"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00c9tienne Levac<br><\/strong><a href=\"mailto:etienne_levac@hotmail.com\">etienne_levac@hotmail.com<\/a><br>Membre \u00e9tudiant du Centre interuniversitaire en \u00e9tudes et recherches autochtones (CIERA) <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Lors de cet \u00e9t\u00e9 2020 marqu\u00e9 par une situation mondiale plus qu\u2019exceptionnelle, j\u2019ai eu l\u2019immense privil\u00e8ge de me rendre dans la communaut\u00e9 Atikamekw Nehirowisiw de Manawan en m\u2019impliquant dans <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/ProjetMatakan\">le projet Matakan<\/a> qui a pour objectif de documenter, transmettre et mettre en valeur le patrimoine ainsi que les savoirs atikamekw. Ce projet entre diff\u00e9rents partenaires dont l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, et soutenu par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, concr\u00e9tise l\u2019aspect de transmission par l\u2019\u00e9laboration d\u2019une programmation se d\u00e9roulant sur le site Matakan, situ\u00e9 sur le lac Kempt, o\u00f9 des jeunes de l\u2019\u00e9cole secondaire Otapi de Manawan prennent part \u00e0 diff\u00e9rentes activit\u00e9s sur le territoire en langue atikamekw avec&nbsp;des a\u00een\u00e9.e.s et des passeurs.euses culturel.le.s. Par la suite, les savoirs transmis sont mis en valeur au sein de la communaut\u00e9 ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de plusieurs fa\u00e7ons&nbsp;: cr\u00e9ations num\u00e9riques, vid\u00e9os, articles Wikipetcia, pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, ou int\u00e9gration dans les activit\u00e9s p\u00e9dagogiques \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">J\u2019ai eu la chance de me rendre \u00e0 Manawan ainsi que sur le site Matakan \u00e0 quelques reprises lors des trois derni\u00e8res ann\u00e9es. Toutefois, c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je participais concr\u00e8tement \u00e0 l\u2019organisation d\u2019un projet qui sert les membres de la communaut\u00e9, principalement les jeunes. &nbsp;Ce projet de transmission et de revalorisation permet \u00e0 ceux-ci et celles-ci d\u2019avoir un acc\u00e8s au territoire du Nitaskinan tout en apprenant diff\u00e9rentes notions relatives aux plantes m\u00e9dicinales, aux rituels, \u00e0 l\u2019usage du tambour ainsi qu\u2019\u00e0 leurs r\u00e9cits et l\u00e9gendes. Mon r\u00f4le consistait essentiellement \u00e0 consulter les personnes de la communaut\u00e9 qui souhaitent faire un atelier ou une activit\u00e9 avec les jeunes ainsi qu\u2019\u00e0 assister les diff\u00e9rents partenaires, tels que Tourisme Manawan dans la logistique g\u00e9n\u00e9rale de ce projet que nous appelions les camps Matakan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Pour prendre la mesure de l\u2019importance d\u2019une initiative de ce type, il est essentiel de comprendre le processus colonial qu\u2019a enclench\u00e9 la Loi sur les Indiens chez les Atikamekw Nehirowisiwok. Cette loi a notamment forc\u00e9 la s\u00e9dentarisation dans les r\u00e9serves et les d\u00e9marches d\u2019acculturation \u00e0 des fins \u00ab&nbsp;d\u2019\u00e9mancipation&nbsp;\u00bb. Ces d\u00e9marches \u00e9taient multiples et comprenaient l\u2019interdiction de toutes pratiques de c\u00e9r\u00e9monies jusqu\u2019en 1951 ainsi que les pensionnats indiens avec l\u2019ensemble des horreurs avec lesquels ils s\u2019accompagnaient et dont le dernier a ferm\u00e9 ses portes au Canada en 1996. De plus, cette loi a longtemps \u00e9t\u00e9 discriminante \u00e0 l\u2019endroit des femmes, et de leur descendance, qui pouvaient plus facilement perdre leur statut. La Commission V\u00e9rit\u00e9 et R\u00e9conciliation a d\u2019ailleurs qualifi\u00e9 de \u00ab&nbsp;g\u00e9nocide culturel&nbsp;\u00bb la p\u00e9riode des pensionnats, soit la grande majorit\u00e9 de l\u2019histoire canadienne.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image is-style-default\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/fundacionluvo.org\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans-titre-2.png?w=311\" alt=\"Joseph Ottawa, a\u00een\u00e9 atikamekw nehirowisiw  de 81 ans ayant particip\u00e9 au projet matakan depuis  le d\u00e9but, montre aux jeunes sur une carte, diff\u00e9rents endroits du Nitaskinan avec les histoires qui y sont associ\u00e9.\nPhoto : \u00c9tienne Levac, 2020\" class=\"wp-image-849\" width=\"311\" height=\"216\" srcset=\"https:\/\/fundacionluvo.org\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans-titre-2.png 311w, https:\/\/fundacionluvo.org\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans-titre-2-300x208.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 311px) 100vw, 311px\" \/><figcaption>Joseph Ottawa, a\u00een\u00e9 atikamekw nehirowisiw de 81 ans ayant particip\u00e9 au projet matakan depuis le d\u00e9but, montre aux jeunes sur une carte, diff\u00e9rents endroits du Nitaskinan avec les histoires qui y sont associ\u00e9s. Photo prise par \u00c9tienne Levac, 2020<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans ce contexte historique dont les \u00e9chos nous parviennent toujours clairement aujourd\u2019hui, le projet Matakan, dans sa vis\u00e9e de transmission, offre un espace de valorisation de la culture atikamekw-nehirowisiw qui est bien n\u00e9cessaire. Parmi plusieurs activit\u00e9s, les jeunes ont pu, entre autres, s\u2019entretenir avec Sipi Flamand sur la r\u00e9surgence des rituels chez les Atikamekw Nehirowisiwok. Ils et elles ont pu entendre diff\u00e9rentes histoires sur le territoire avec Jos Ottawa, un a\u00een\u00e9 qui a pu leur raconter sa propre vie sur le territoire ainsi que des noms et toponymes que les jeunes ne connaissaient pas. Ils et elles ont aussi pu assister \u00e0 un concert du groupe de tambour de renomm\u00e9e nationale les Black Bears sur le territoire. Les jeunes filles ont aussi pu suivre un atelier seulement entre elles avec Jocelyne Niquay concernant le rapport des femmes aux territoires ainsi qu\u2019\u00e0 la fiert\u00e9 d\u2019\u00eatre femme et Atikamekw Nehirowisiw. Ce fut deux semaines riches d\u2019apprentissages, de canots et de p\u00eache lors desquels les rires r\u00e9sonnaient sur toute la surface du lac pour atteindre la cime des \u00e9pinettes qui auraient s\u00fbrement ri avec nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Je suis reconnaissant d\u2019avoir pu participer \u00e0 l\u2019organisation de camps sur le territoire dans une vis\u00e9e de transmission des savoirs atikamekw en langue atikamekw aupr\u00e8s d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration qui verra neiger et l\u2019autre qui a d\u00e9j\u00e0 vu plus que des temp\u00eates. Je me sens aussi reconnaissant d\u2019avoir pu c\u00f4toyer tellement de personnes formidables, jeunes, a\u00een\u00e9.e.s ou guides. En plus de les c\u00f4toyer, j\u2019ai eu l\u2019honneur qu\u2019elles me racontent leur v\u00e9cu, leurs \u00e9preuves et surtout leurs joies ainsi que leurs passions. Il n\u2019y a pas une seule journ\u00e9e o\u00f9 l\u2019on ne rit pas et o\u00f9 nous ne prenons pas le temps d\u2019\u00eatre ensemble, que ce soit aux camps ou \u00e0 Manawan. Passer un moment \u00e0 discuter, prendre des nouvelles, se confier et blaguer entre ami.e.s est une chose qui fait prendre le temps d\u2019appr\u00e9cier l\u2019\u00e9merveillement, le vivre ensemble et les \u00e9changes riches d\u2019enseignements. Avec des r\u00e9alit\u00e9s si diff\u00e9rentes, des parcours aux antipodes et des identit\u00e9s bien distinctes compos\u00e9es historiquement et jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui du colonialisme, nous nous rencontrons dans un espace de partage, de solidarit\u00e9 et d\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Parler de l\u2019histoire du Canada implique de parler de la colonisation ainsi que des peuples qui s\u2019y sont oppos\u00e9s. Parler de r\u00e9sistance est devenu en quelque sorte un clich\u00e9 pour parler des peuples autochtones, qui implique toujours ces derniers en fonction de l\u2019\u00c9tat. &nbsp;Il est n\u00e9cessaire de valoriser des identit\u00e9s multiples et riches, chacune pour ce qu\u2019elles sont dans leur enti\u00e8ret\u00e9 et non en fonction d\u2019un autre ou d\u2019une oppression. Des vies riches en trag\u00e9dies, en bonheur et en r\u00e9flexions sur l\u2019\u00e9tat du monde, le pass\u00e9 et le futur sont celles que j\u2019ai rencontr\u00e9es et qui me poussent \u00e0 revenir pour apprendre et m\u2019impliquer. La piti\u00e9 n\u2019est pas de mise parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019obstacles assez gros pour briser le moral collectif et l\u2019envie de rire des gens de Manawan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Ces jeunes sont les prochaines g\u00e9n\u00e9rations qui apprendront peut-\u00eatre aussi \u00e0 leurs enfants ce qu\u2019ils et elles ont appris aux camps. Bien que parfois les rires s\u2019amenuisent pour laisser place \u00e0 des silences ou des pleurs, ces jeunes concr\u00e9tiseront des imaginaires et un futur dont ils et elles seront fiers.\u00e8res comme Atikamekw Nehirowisiwok.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9tienne Levacetienne_levac@hotmail.comMembre \u00e9tudiant du Centre interuniversitaire en \u00e9tudes et recherches autochtones (CIERA) Lors&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":849,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[65,78,116,136,183],"class_list":["post-845","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-pueblos-indigenas","tag-communaute","tag-decolonisation","tag-identites","tag-matakan","tag-savoirs-autochtones"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/845","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=845"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/845\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/849"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=845"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=845"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fundacionluvo.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=845"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}